Le magazine

chemin-de-table« Tous les chemins mènent à Rome » dit le proverbe pour exprimer la multiplicité des moyens de parvenir à une même fin.
Et pour la faim ?

Quand il s’agit de se mettre à table, avons-nous conscience de la  multiformité des moyens que l’humanité toute entière depuis son fondement a mis en œuvre pour qu’un jour, ce verre de vin que l’on porte à nos lèvres réanime une émotion olfactive qui s’évertue à convoquer des souvenirs sans  parvenir à identifier l’arôme par trop volatil  de  notre mémoire ?  Pour qu’ensuite le fumet d’un pot-au-feu qui mijote depuis des heures excite notre appétit  et convoque  un désir impérieux de mordre dans une chair juteuse et fondante comme on le ferait pour un baiser trop espéré ? Avons-nous conscience que la pointe de moutarde qui l’accompagnera  pour fouetter de sa note acide la douceur d’une carotte fondante vient de loin, non parce qu’elle est ancienne mais parce que la culture de ses grains a déserté la campagne française pour des terres indiennes plus rentables ? Avons-nous conscience que ce sublime bouillon, dans ses heures et ses heures de doux frémissement a, certes, fait migrer le collagène des fibres de la viande pour lui donner la tendreté tant recherchée, mais au détriment des nutriments qui font du poireau et du navet les sacrifiés de la santé sur l’autel du goût. Avons-nous conscience que le pain qui s’invite à chaque repas pour absorber dans une ultime et divine bouchée les reliquats de notre assiette a condamné la civilisation du quinoa quand les Conquistadors l’imposèrent au nom de Dieu ?  Et  que depuis, son hégémonie ne cesse de modifier la carte du  monde en produisant des champs de blé aux épis dopés aux produits phytosanitaires et qui ne ploient plus sur des tiges de plus en plus courtes, des golden boys de l’alimentaire qui spéculent sur la hausse ou la baisse sans ressentir l’effet papillon des  oubliés de la croissance et  des organismes épuisés, acidifiés par sa surconsommation sous forme de pâtes, pizza et viennoiseries gonflées au gluten, de levure chimique et autres résidus de pesticides.  Et comme tout bon repas ne se conçoit pas sans fromage, avons-nous conscience  que  les 49 AOC de produits laitiers français qui honorent le savoir-faire des hommes et une origine géographique sont sous la menace permanente de l’hygiénisme européen et qu’il vaut mieux, pour notre confort digestif, le réserver en copeaux dans une salade plutôt que sur un plateau ? Pour laisser une petite place au dessert. Parce qu’il ne faut pas renoncer à la douceur,  même si le sucre, comme son comparse le sel, s’infiltrant un peu partout, peut nuire gravement à la santé.

Manger n’est donc ni anodin ni insignifiant et il semble acrobatique de s’y retrouver tant la profusion des informations est tour à tour complexe, contradictoire, souterraine ou tapageuse.

Alors comme les Romains qui jalonnèrent les routes impériales de bornes  à partir de Rome, leur point-zéro pour ne pas se perdre, nous vous proposons un magazine en guise de balises pour vous  permettre de vagabonder en tout conscience et avec bonheur sur les savoureux « Chemins de table ».

L’idée de « CHEMINS DE TABLE » est  de proposer une approche globale de la cuisine.

Il s’agit de donner du sens, du contenu, de l’information et bien sûr des recettes pour amener chacun à se nourrir avec plaisir et en toute conscience.  Manger est signifiant. Il y a d’abord une histoire, une dimension culturelle et  humaine pour qu’une tomate, une madeleine jouent les princesses dans notre assiette.  Il y a des modes et des tendances, comme les sushis qui ne vont pas toujours dans le bon sens selon le point  de vue économique, sociétal, environnemental ou sanitaire. Il y a beaucoup trop de généralités nutritionnelles qui s’avèrent souvent pire que le mal  qu’elles souhaitaient combattre. Il y a des questions épineuses, contradictoires  qui   jettent le trouble devant la profusion d’informations et qui appellent à la clarté d’un avis légitimé par la compétence d’un expert, d’un journaliste, des interrogations sur la part émotionnelle de notre lien à la nourriture, des démarches humanistes et innovantes à découvrir sur les chemins de production. Et puis il y a cette nouvelle cuisine initialisée par des chefs aussi créatifs que soucieux de l’impact environnemental avec la saisonnalité et le respect du produit, de  l’aspect budgétaire et nutritionnel en réduisant leur voilure sur le sucre, le beurre, la surcuisson pour se  focaliser sur des jeux de couleurs et de textures qui  végétalisent bienheureusement nos assiettes. Tout comme l’esprit poétique des mises en scène de la table pour parachever  et des écrivains qui prolongent les plaisirs en  phrases sensuelles sur des nappes en papier. Découvrir, respecter, équilibrer, cuisiner, savourer.

« CHEMINS DE TABLE » se veut être un joli entrelacement de savoir et de savoir-faire pour tous les  curieux et les gourmets qui aspirent à la cohérence de ces « nourritures terrestres ». En serez-vous ?